Le parcours académique de l’étudiant : témoignage d’un président de jury, par Patrick Dauby

J’ai, in illo tempore, signé la lettre des quatre cents. Et je confirme ma signature, en exposant divers problèmes auxquels je suis exposé en tant que Président de Jury du Master BOE (Biologie des Organismes et Ecologie), le Master le plus peuplé en terme de nombre d’étudiants, de la Faculté des Sciences. Si ces problèmes sont liés à la filière que je gère, je pense pouvoir assurer que je ne suis pas seul à y être confronté.


Un premier point sensible concerne l’arrivée d’étudiants issus des hautes écoles. A priori, cela n’est pas un problème en soi. Cependant, certains (de plus en plus nombreux) ont essayé préalablement l’Université, y ont perdu un ou deux ans, sont repartis en haute école, et reviennent à l’ULiège pour essayer de finaliser un Master qu’ils ne réussissent que difficilement. In fine, ils ont (auront) passé sept ou huit ans de leur vie à obtenir un diplôme (souvent avec une mention « satisfaisante », voire pas de mention du tout) qui n’est pas susceptible de les aider à réaliser un plan de carrière sérieux.

Une deuxième difficulté est relative à la possibilité actuelle dont disposent les étudiants de Bachelier traînant un reliquat de crédits (de 1 à 14), de s’inscrire dans un Master (avec inscription à ce Master). Cela soulève un problème évident : certains d’entre eux se retrouvent bloqués dans ledit Master car des cours de Bachelier restent non finalisés. Plusieurs de mes étudiants sont dans ce cas, avec pour certains une première inscription à l’Université datant de 2010.

En troisième lieu, il faut évoquer la possibilité actuelle fournie aux étudiants de Bachelier, dont le reliquat de crédits est de 15 à 30 (en ce qui me concerne, quatre étudiants cette année), de suivre des cours dans un Master, tout en conservant une inscription principale en Bachelier. D’un point de vue logistique, il est impossible de combiner les cours à finaliser en Bachelier et ceux à suivre (théorie et travaux pratiques) en Master. À moins que les professeurs n’acceptent de redonner des cours à la carte.

En d’autres termes, le décret Paysage, tel qu’il est proposé, ne me semble pas une bonne option. Il a peut-être été initialement pensé pour harmoniser l’Enseignement Supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, mais je me dois de constater que, parmi mes étudiants, un nombre non négligeable traînent de sérieuses « casseroles », d’année en année, et finiront après x années par obtenir un diplôme portant la mention « a réussi », sans plus. Et sans commentaires.

Je voudrais terminer en signalant un autre hic, lié à la problématique du système. Un étudiant ayant raté certains cours de Bachelier durant plusieurs années, mais in fine autorisé à rentrer en Master, se voit, pour peu qu’il continue à traîner encore diverses casseroles, signifier une mention « triplant potentiel » (en d’autres termes, « non-finançable ») : on lui envoie alors un courrier lui indiquant qu’il ne peut plus s’inscrire à Uliège – après y avoir passé sept ou huit ans. Lui reste la possibilité de poursuivre son cursus dans une autre Institution avec obligation de réussite. Sinon, « adieu » et « merci d’ être passé chez nous ». J’ai personnellement été confronté à des cas de ce type, issus de l’ULiège ou d’autres universités de la FWB. 


Nous n’avons plus la potentialité, comme c’était le cas avant le décret, de faire comprendre à certains de nos étudiants, au terme de deux ans, que cela n’irait pas comme ils l’auraient souhaité en s’inscrivant dans notre Institution et qu’il vaudrait mieux qu’ils se réorientent. Nous sommes à présent condamnés à leur faire miroiter un diplôme potentiel (avec, à terme, un grade non valorisant, voire aucun grade) que certains n’obtiendront jamais : ils auront perdu un nombre non négligeable des meilleures années de leur vie. 

Patrick Dauby est professeur à l’ULiège

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