Quelles suites donner au constat de l’échec du décret Paysage ?, par Dirk Delabastita

La « Lettre ouverte à Monsieur le ministre Marcourt, ou autopsie de l’échec du décret Paysage » (Le Soir, le 18 septembre 2019) semble avoir provoqué deux types de réactions.

Tout d’abord, la lettre a trouvé beaucoup d’adhérents, bien au-delà des 400 signataires qui se sont associés à la pétition. Les quelques réserves concernant cette lettre avaient trait à l’absence de propositions concrètes. Le Décret Paysage est un échec avoué, mais quelle en serait l’alternative ? J’y reviens.

Et puis, il y a eu la réponse du ministre Marcourt dans sa lettre ouverte, publiée deux semaines plus tard, le 3 octobre 2018 (voir https://marcourt.cfwb.be/lettre-aux-acteurs-de-lenseignement/). Seule réaction, à ma connaissance, à défendre le décret, ce texte est matière à interprétation pour les linguistes et les logiciens. L’écran de fumée entourant son discours (qui ne cesse d’insister sur « l’esprit constructif et participatif » dans lequel la reforme a été élaborée et implémentée !) ne cache pas la réalité des choses :

  • les objectifs de la réforme sont mal définis ;
  • la réforme ne répond à aucun besoin et les gens du terrain n’en veulent pas, pour de bonnes raisons ;
  • la réforme coûte une fortune en temps et en moyens ; 
  • ses effets contraires étaient parfaitement prévisibles ; 
  • sa mise en place a été gérée de façon amateuriste.

Un exemple : le Ministre écrit que « la réussite à 10/20 n’est en rien le signal d’un nivellement vers le bas, mais une simple convention qui harmonise les mécanismes d’évaluation à l’ensemble des institutions d’enseignement supérieur en s’alignant sur des exemples étrangers ». Cette seule remarque montre à quel point le Ministre et son cabinet sont éloignés des réalités du terrain :

Quid nunc ? D’une manière ou d’une autre, un « reset »s’impose. Rendez-nous notre gestion des programmes et des évaluations pré-Paysage, qui nous permettait à la fois de délibérer plus facilement les petits échecs ponctuels d’étudiants ayant un bon profil d’ensemble, et de réorienter plus rapidement les étudiants n’ayant pas de perspectives de réussite. Jetons à la poubelle le saucissonnage universel des programmes et le minimalisme engendrés par le diktat des 10/20 pour les cours individuels comme seul critère de base dans les évaluations. Remettons à l’honneur la cohérence des programmes dans les modalités d’évaluation – avec une valeur ECTS des cours qui soit un reflet réel de leur place et importance relatives dans l’ensemble des programmes concernés, avec un recours à la moyenne pondérée comme co-critère d’évaluation. Redonnons un sens aux délibérations permettant aux professeurs d’apprécier de façon globale et collégiale l’avancement des étudiants dans leur parcours. Résistons au système clientéliste qui repense, pour l’essentiel, la pédagogie universitaire comme la somme de transactions individuelles, étalées librement, entre professeurs et étudiants. 

Dirk Delabastita

Professeur de littérature anglaise (UNamur), qui a toujours accueilli avec enthousiasme les réformes bien pensées de l’enseignement universitaire pendant ses 35 ans de carrière. 

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