Questionnaire envoyé aux présidents ou co-présidents des partis francophones sur l’état de l’enseignement supérieur en FWB, par Caroline De Mulder et Nicolas Thirion

Ce lundi 6 mai, la lettre suivante a été adressée aux présidents ou co-présidents des partis francophones (ou participant aux élections dans la partie francophone du pays) sur l’état de l’enseignement supérieur en FWB et sur les mesures que leur parti propose pour améliorer la situation actuelle. Nous leur avons demandé d’adresser leurs réponses pour le 20 mai prochain au plus tard. Nous vous tiendrons bien entendu au courant, ainsi que la presse et l’opinion publique, des réponses (ou non-réponses) reçues.

Monsieur le Président / Madame et Monsieur les co-présidents,

Nous vous écrivons en notre qualité de gestionnaires du site Le Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB, qui prolonge la démarche entamée avec la lettre ouverte, signée par plus de 400 professeurs d’établissements d’enseignement supérieur de la Communauté française de Belgique et adressée à leur ministre de tutelle, intitulée « Autopsie de l’échec du décret Paysage » et publiée dans le journal Le Soir en septembre 2018.

À l’occasion d’une campagne électorale générale où les grands sujets de société doivent être au cœur des débats, la question du rôle et de la place de l’enseignement supérieur est d’une importance capitale. Ses principaux acteurs (enseignants, chercheurs, administratifs, étudiants) sont pour beaucoup très critiques vis-à-vis des réformes adoptées lors de l’actuelle législature (décret dit « Paysage » définissant le paysage de l’enseignement supérieur et l’organisation académique des études, décret définissant la formation initiale des enseignants). Le Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB est une entreprise collective, émanant d’acteurs de terrain de l’enseignement supérieur ; elle vise à recenser les diverses difficultés liées aux cadres décrétaux qui régissent le secteur, à les contextualiser et, le cas échéant, à dégager des pistes de solution pour en sortir.

Les premières interventions permettent de pointer des problèmes majeurs concernant l’organisation des études dans l’enseignement supérieur (Titre III du décret « Paysage » et décret définissant la formation initiale des enseignants), que le Parlement de la Communauté française de la prochaine législature devra, d’une manière ou d’une autre, affronter. C’est la raison pour laquelle nous nous adressons à vous, en votre qualité de président ou co-président de parti ; vous incarnez en effet une force politique qui sera peut-être amenée à faire partie de la future majorité parlementaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le questionnaire que nous vous proposons s’appuie sur les principaux problèmes relevés. Les réponses peuvent être ouvertes et prendre la forme que vous souhaitez ; vous pouvez aussi choisir de ne répondre qu’à certaines questions. Afin d’informer l’opinion publique de vos réponses, nous souhaiterions les recevoir d’ici le lundi 20 mai au plus tard. Nous ferons état des réponses (ou des non-réponses) sur le site, la page facebook qui lui est consacrée, ainsi que dans la presse, dans les jours précédant le scrutin du 26 mai.

Nous vous remercions déjà pour votre collaboration.

Voici donc les dix questions auxquelles vous êtes invité à répondre :

1° quelle est votre analyse de la mise en œuvre du décret « Paysage » depuis son entrée en vigueur ? le système d’organisation mis en place par celui-ci vous paraît-il satisfaisant ou pas et pourquoi ? ;

2° le problème majeur pointé par les contributeurs du Livre noir découle de la mise en place d’un système de réussite par accumulation de crédits plutôt que par année d’étude. Votre parti serait-il disposé, compte tenu de ces problèmes, à revenir sur le système actuel et à lui substituer à nouveau le processus de réussite par année ? Pourriez-vous, quelle que soit votre position à cet égard, justifier celle-ci ? ;

3° dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures suggérerait-il afin de résoudre les multiples problèmes logistiques liés au fait que de nombreux étudiants se retrouvent avec des cours dans plusieurs blocs au sein d’un même cycle, voire de cycles différents (incompatibilités horaires, chevauchements d’examens, recul du présentiel, etc.) et les problèmes proprement didactiques et épistémologiques, tels que le délitement de la cohérence interne au parcours étudiant ou l’impossibilité, compte tenu des exigences du décret (par exemple, obligation d’octroyer un minimum de crédits à l’étudiant pour construire son programme annuel et obligation corrélative, dans un nombre non négligeable de cas, de transformer certains pré-requis en co-requis), de maintenir le caractère progressif d’un apprentissage ? ;

4° un autre effet inquiétant du décret « Paysage » consiste à bannir du vocabulaire des mots tels que « échec » ou « ajournement », au profit de termes brumeux tels que « en cours » qui, ainsi que le révèlent plusieurs enquêtes qualitatives, ont pour effet de priver les étudiants de signaux clairs en vue d’une réorientation éventuelle dans une autre filière. Ce n’est qu’au moment où ils deviennent « non-finançables » qu’ils se rendent compte, mais trop tard, de l’étendue du désastre. À nouveau dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures préconiserait-il en vue de rendre le système plus transparent et davantage réactif pour arrêter à temps des parcours étudiants voués à s’enliser ? ;

5° seriez-vous disposé, compte tenu des multiples critiques qui lui ont été adressées, à demander l’abrogation du décret définissant la formation initiale des enseignants ou, tout au moins, à en reporter la date d’entrée en vigueur afin de l’amender suffisamment par l’adoption d’un décret modificatif en vue de répondre à la majorité de ces critiques ? pourriez-vous justifier votre position ? ;

6° en particulier, comment jugez-vous la volonté exprimée dans le décret FIE d’imposer d’emblée aux étudiants de choisir entre une filière « didactique » et une filière « disciplinaire », accompagnée en outre d’un financement préférentiel pour la première, avec le risque d’affaiblir, à terme, la qualité de la recherche en FWB ? ;

7° aussi bien à propos du décret « Paysage » que du décret « FIE », de nombreux acteurs de terrain pointent l’extraordinaire complexité des systèmes mis en place, ainsi que leur non moins extraordinaire immixtion dans des questions qui devraient davantage relever de l’autonomie pédagogique des institutions que d’articles de décrets. Ainsi, la quadrimestrialisation quasi-automatique des enseignements, il est vrai tempérée par la possibilité encadrée (trop encadrée, selon certains, et assortie de trop de contraintes) de maintenir un rythme annuel pour certains cours, n’a pas vocation à figurer dans un texte juridique tel qu’un décret. Quelles mesures serait-il possible, selon votre parti, de mettre en place pour redonner de l’autonomie aux établissements d’enseignement supérieur dans les choix pédagogiques ? ;

8° quelles mesures concrètes et urgentes considérez-vous prioritaires afin d’améliorer l’encadrement décrétal de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles ? ;

9° compte tenu du sentiment de nombreux acteurs de terrain de l’enseignement supérieur de n’avoir pas été associés aux discussions relatives à l’élaboration des décrets « Paysage » et « FIE », pourriez-vous indiquer des exemples de mécanismes participatifs que votre parti pourrait suggérer afin d’associer à la discussion enseignants, chercheurs, administratifs et étudiants autrement que par des mécanismes de représentation qui se sont révélés, in fine, peu convaincants ? ;

10° quelles sont les mesures dans le domaine de l’enseignement supérieur qui conditionneraient la participation de votre parti à une majorité parlementaire (soit mesures qu’il jugerait indispensables au point d’en faire une condition d’entrée dans une majorité, soit mesures – ou absence de mesures – qu’il jugerait à ce point incompatibles avec ses principes qu’il préfèrerait être dans l’opposition) ?

Nous vous remercions déjà de l’attention que vous voudrez bien accorder à la présente et, dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous prions de croire, Monsieur le Président / Madame et Monsieur les co-présidents, à l’assurance de notre considération distinguée.

Caroline De Mulder et Nicolas Thirion

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