Réponses d’Ecolo au questionnaire du Livre noir de l’Enseignement supérieur en FWB

Dernier parti à répondre au questionnaire du Livre noir: Ecolo. Nous proposerons en fin de semaine un résumé de toutes les réponses reçues et de premiers commentaires sur celles-ci. Nous espérons ainsi que nos lecteurs seront mieux éclairés pour le scrutin du 26 mai prochain.

Q 1. Quelle est votre analyse de la mise en œuvre du décret « Paysage » depuis son entrée en vigueur ? le système d’organisation mis en place par celui-ci vous paraît-il satisfaisant ou pas et pourquoi ? ;

Durant cette législature, Ecolo a émis de nombreuses critiques quant aux difficultés posées sur le terrain par le Décret Paysage, notamment au sujet de la charge de travail supplémentaire pour les établissements et les enseignants, la complexité organisationnelle, une mauvaise compréhension des nouvelles conditions de réussite par les étudiants ou encore une application variable suivant les institutions, à défaut d’un meilleur accompagnement de la mise en œuvre du décret. Nous regrettons que des adaptations aient dû être apportées à plusieurs reprises, toujours après coup et dans la précipitation.

Nous sommes donc demandeurs d’une évaluation en profondeur de la mise en œuvre du Décret Paysage, en concertation avec les acteurs concernés, afin d’assurer un enseignement de qualité pour tous et toutes.

Q 2. Le problème majeur pointé par les contributeurs du Livre noir découle de la mise en place d’un système de réussite par accumulation de crédits plutôt que par année d’étude. Votre parti serait-il disposé, compte tenu de ces problèmes, à revenir sur le système actuel et à lui substituer à nouveau le processus de réussite par année ? Pourriez-vous, quelle que soit votre position à cet égard, justifier celle-ci ? ;

Le décret Paysage a réalisé une évaluation structurelle de notre enseignement supérieur, notamment sur ce point.  Un retour en arrière vers les années d’études serait très compliqué à mettre en œuvre.  Par ailleurs, nous pouvons partager l’objectif d’une certaine individualisation des cursus et d’une possibilité de meilleure prise en compte de la réussite, plus en adéquation avec les besoins d’aujourd’hui et avec l’évolution de l’enseignement supérieur dans les autres pays.  Toutefois, des modifications doivent intervenir. Une mise en œuvre parfois chaotique et non cohérente a été constatée entre les institutions. L’entrée en vigueur n’a pas été bien préparée et mal accompagnée. Des surcharges administratives importantes ont été constatées.  Une évaluation, associant les acteurs de terrain, doit permettre des adaptations allant vers une plus grande harmonisation et efficacité du système.  Des balises doivent être déterminées quant au niveau d’individualisation des cursus souhaitable, pour ne pas mettre en difficulté la cohérence du parcours d’étude ni celle de l’organisation générale du système d’enseignement.

Q 3. Dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures suggérerait-il afin de résoudre les multiples problèmes logistiques liés au fait que de nombreux étudiants se retrouvent avec des cours dans plusieurs blocs au sein d’un même cycle, voire de cycles différents (incompatibilités horaires, chevauchements d’examens, recul du présentiel, etc.) et les problèmes proprement didactiques et épistémologiques, tels que la délitement de la cohérence interne au parcours étudiant ou l’impossibilité, compte tenu des exigences du décret (par exemple, obligation d’octroyer un minimum de crédits à l’étudiant pour construire son programme annuel et obligation corrélative, dans un nombre non négligeable de cas, de transformer certains pré-requis en co-requis), de maintenir le caractère progressif d’un apprentissage ? ;

Pour Ecolo, seule une évaluation en profondeur de la mise en œuvre du Décret Paysage avec les différents acteurs concernés au quotidien peut identifier précisément les problèmes et surtout leur ampleur et dégager ainsi des balises ou des modifications décrétales à opérer . Cela peut porter sur la cohérence des cursus, les balises en termes de construction du cursus individualisé, les questions logistiques, la gestion administrative ou tout autre sujet qui apparaîtrait comme important dans le cadre de cette évaluation.  Il nous paraît aussi essentiel d’aboutir à une compréhension partagée et une « culture commune » de l’ensemble des acteurs dans la mise en œuvre de cette nouvelle architecture.

Q 4. Un autre effet inquiétant du décret « Paysage » consiste à bannir du vocabulaire des mots tels que « échec » ou « ajournement », au profit de termes brumeux tels que « en cours » qui, ainsi que le révèlent plusieurs enquêtes qualitatives, ont pour effet de priver les étudiants de signaux clairs en vue d’une réorientation éventuelle dans une autre filière. Ce n’est qu’au moment où ils deviennent « non-finançables » qu’ils se rendent compte, mais trop tard, de l’étendue du désastre. À nouveau dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures préconiserait-il en vue de rendre le système plus transparent et davantage réactif pour arrêter à temps des parcours étudiants voués à s’enliser ? ;

Pour Ecolo, il est tout d’abord nécessaire d’investir massivement dans une meilleure gestion de la réorientation et de l’information aux études en amont, de manière à permettre aux étudiants de s’orienter suivant leurs attentes et limiter les risques d’étudiants non-finançables.  D’autre part, un mécanisme devrait être mis en place pour veiller à ce que les étudiants soient de manière beaucoup plus claire informés de leur situation précise au fur et à mesure de leur parcours et appréhendent mieux, tout au long de leur cursus mais aussi à chaque fin d’année, leur situation précise et les éléments à prendre en compte pour la suite de leur parcours. Comme évoqué plus haut, des balises doivent être déterminées quant au niveau d’individualisation des cursus souhaitable, pour ne pas mettre en difficulté la cohérence du parcours d’étude ni celle de l’organisation générale du système d’enseignement.

Q 5. Seriez-vous disposé, compte tenu des multiples critiques qui lui ont été adressées, à demander l’abrogation du décret définissant la formation initiale des enseignants ou, tout au moins, à en reporter la date d’entrée en vigueur afin de l’amender suffisamment par l’adoption d’un décret modificatif en vue de répondre à la majorité de ces critiques ? Pourriez-vous justifier votre position ? ;

Ecolo était depuis plusieurs législatures, demandeur d’une réforme de la formation initiale des enseignants. Lors de son adoption au Parlement, nous nous sommes abstenus. Même si la direction prise par le décret est pour nous  bonne sur plusieurs éléments fondamentaux (allongement, décloisonnement, volonté de doter les futurs enseignants d’un bagage académique plus important, etc), nous avons pointé les difficultés qui se révéleraient lors de sa mise en œuvre. Nous ne sommes donc pas étonnés par votre demande de report.

Outre les impacts financiers colossaux pour la Fédération, et surtout mal appréhendés dans la durée, l’élaboration du décret n’a pas tenu compte des autres réformes en cours notamment celles contenues dans le Pacte pour un enseignement d’Excellence. Nous avions aussi souligné la bureaucratisation et la complexification croissante que son organisation engendrerait. Nous sommes donc favorables au report de sa date d’entrée en vigueur pour permettre les modifications nécessaires à sa mise en œuvre.

Q 6. En particulier, comment jugez-vous la volonté exprimée dans le décret FIE d’imposer d’emblée aux étudiants de choisir entre une filière « didactique » et une filière « disciplinaire », accompagnée en outre d’un financement préférentiel pour la première, avec le risque d’affaiblir, à terme, la qualité de la recherche en FWB ? ;

En ce qui concerne le financement, le Gouvernement actuel avait évoqué l’hypothèse d’une remise à plat plus fondamentale des mécanismes de financement et de pondérations entre filières, souvent hérités du passé. Le refinancement partiel et insuffisant opéré sous cette législature n’a finalement pas opéré cette mise à plat.  Les différents paramètres de financement mériteraient une meilleure objectivation, dans un but de transparence et d’adaptation au fil du temps.  Il en est de même pour les financements spécifiques des différentes filières du décret FIE, qui mériteraient une analyse plus fine pour justifier leur niveau.

Quant au choix des étudiants entre filière didactique et disciplinaire, cela fait partie des options du décret, que nous ne contestons pas quant à son principe, mais dont les modalités de mise en œuvre devront évidement être analysées et suivies de près.

Q 7. Aussi bien à propos du décret « Paysage » que du décret « FIE », de nombreux acteurs de terrain pointent l’extraordinaire complexité des systèmes mis en place, ainsi que leur non moins extraordinaire immixtion dans des questions qui devraient davantage relever de l’autonomie pédagogique des institutions que d’articles de décrets. Ainsi, la quadrimestrialisation quasi-automatique des enseignements, il est vrai tempérée par la possibilité encadrée (trop encadrée, selon certains, et assortie de trop de contraintes) de maintenir un rythme annuel pour certains cours, n’a pas vocation à figurer dans un texte juridique tel qu’un décret. Quelles mesures serait-il possible, selon votre parti, de mettre en place pour redonner de l’autonomie aux établissements d’enseignement supérieur dans les choix pédagogiques ?

Comme  évoqué plus haut, une évaluation globale et associant les acteurs de terrain doit pouvoir prendre place.  Certaines balises et modifications décrétales, ou mesures spécifiques, pourront ainsi être identifiées et mises en œuvre.  L’autonomie des établissements est bien sûr un élément à prendre en compte et à permettre dans une certaine mesure.  Il y a toutefois une contradiction potentielle entre « grande autonomie des établissements » et « meilleure lisibilité et cohérence du système ».  Il est donc nécessaire d’affiner les balises et l’esprit à respect par tous, pour qu’ensuite l’autonomie des établissements puisse s’exprimer, dans un cadre clarifié.

Q 8. Quelles mesures concrètes et urgentes considérez-vous prioritaires afin d’améliorer l’encadrement décrétal de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles ? ;

Le décret Paysage a déjà été révisé trois fois depuis son adoption. Il est donc temps d’une évaluation en profondeur qui permettrait des modifications stables dans le temps. L’enseignement supérieur a besoin d’un cadre décrétal stable pour pouvoir se développer.

Q 9. Compte tenu du sentiment de nombreux acteurs de terrain de l’enseignement supérieur de n’avoir pas été associés aux discussions relatives à l’élaboration des décrets « Paysage » et « FIE », pourriez-vous indiquer des exemples de mécanismes participatifs que votre parti pourrait suggérer afin d’associer à la discussion enseignants, chercheurs, administratifs et étudiants autrement que par des mécanismes de représentation qui se sont révélés, in fine, peu convaincants ;

Il ne suffit pas de décréter la concertation et la participation. Elles se construisent petit à petit. Aujourd’hui, dans le domaine de l’enseignement supérieur, une coupole, l’ARES, regroupe désormais l’ensemble des acteurs. Sa mise en place et son démarrage ont été lents car il a fallu du temps pour que les acteurs apprennent à travailler ensemble. Si cette coupole n’est pas parfaite, elle a le mérite d’instituer un dialogue entre le Gouvernement et les acteurs.

Au-delà de cette participation institutionnalisée, des mécanismes participatifs avec les acteurs de terrain dans les institutions pourraient très utilement être mis en place.  Différentes formules sont possibles (tables-ronde, questionnaires en ligne, discussions individuelles …) et pourraient être développés de manière variable suivant les institutions.

Q 10. Quelles sont les mesures dans le domaine de l’enseignement supérieur qui conditionneraient la participation de votre parti à une majorité parlementaire (soit mesures qu’il jugerait indispensables au point d’en faire une condition d’entrée dans une majorité, soit mesures – ou absence de mesures – qu’il jugerait à ce point incompatibles avec ses principes qu’il préfèrerait être dans l’opposition) ?

Pour Ecolo, la priorité en matière d’enseignement supérieur est son refinancement. Depuis 1998, l’enseignement supérieur est soumis à une enveloppe fermée. Le nombre d’étudiants ne faisant qu’augmenter, le financement par étudiant a fortement diminué, avec pour conséquences un manque d’encadrement pour les étudiants, la raréfaction et la vétusté des équipements et des locaux, une diminution dans les aides sociales ou dans les aides à la réussite. Ecolo plaide pour un refinancement progressif de l’enseignement supérieur à la hauteur de ses besoins et des besoins de ses étudiants. Cette mesure doit pour Ecolo faire partie des mesures prioritaires pour ce qui concerne l’enseignement supérieur.

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