Réponses du MR au questionnaire du Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB

Nous reproduisons ci-après les réponses reçues du Mouvement Réformateur au questionnaire du Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB, récemment envoyé aux présidents des partis politiques francophones. Nous ferons de même pour les autres partis, suivant l’ordre chronologique de la réception de leurs réponses.

Q 1. Quelle est votre analyse de la mise en œuvre du décret « Paysage » depuis son entrée en vigueur ? Le système d’organisation mis en place par celui-ci vous paraît-il satisfaisant ou pas et pourquoi ?

Une réforme de grande ampleur du paysage de notre enseignement supérieur a été votée en Fédération Wallonie-Bruxelles en novembre 2013. Une réforme était nécessaire, mais fallait-il légiférer dans un délai si court, au risque de devoir (comme cela a été le cas) modifier le texte à de nombreuses reprises pour le clarifier, l’améliorer, le corriger ?

Les nombreux courriers interprétatifs envoyés aux établissements, ces décrets fourre-tout modificatifs, sont le signe d’une réforme qui n’a pas été assez préparée avant de la mettre en place.

Depuis longtemps, le MR demande une évaluation complète, externe et publique du décret Paysage.

Dès le début, nous avions remarqué des zones d’ombre, des divergences d’interprétation éventuelles sur tel ou tel article. Nous avions également attiré l’attention sur les effets pervers éventuels de certaines mesures, telles la modification de l’organisation de l’année d’études.

Des questions importantes restent pour nous sans réponse. Qu’en est-il de l’allongement éventuel des études que nous dénoncions lors des débats en Commission ?  Les étudiants ont-ils tendance à reporter à l’année suivante les cours qu’ils auraient pu présenter lors de la session de septembre, et donc alourdir leur « sac à dos » l’année suivante ? Est-il pertinent de laisser passer en Master des étudiants traînant encore des crédits résiduels de Bachelier ?

Le parcours individualisé de l’étudiant, présenté comme étant au cœur des préoccupations du décret Paysage, doit être évalué. D’autant plus que les principales victimes en sont les étudiants et les familles qui n’ont pas les codes du supérieur, les jeunes plus fragiles, les moins bien préparés. Il faut avouer que certaines notions introduites dans le décret sont difficiles à comprendre.

Ce parcours individualisé devient donc, dans les faits, un filtre social.

De plus, la nouvelle organisation des études est centrée sur un parcours individualisé de l’étudiant. Le personnel administratif des établissements est donc très sollicité pour accompagner et informer, composer des horaires, trouver des locaux, avertir enseignants et étudiants.  De nombreux responsables ont appelé à l’aide, pour demander des moyens humains, informatiques et financiers pour répondre à ces nouvelles missions. Le Gouvernement n’y a que partiellement répondu. Consulter ces équipes administratives pour dégager ensemble des solutions à apporter aux problèmes les plus criants nous semble une évidence.

Q 2. Le problème majeur pointé par les contributeurs du Livre noir découle de la mise en place d’un système de réussite par accumulation de crédits plutôt que par année d’étude. Votre parti serait-il disposé, compte tenu de ces problèmes, à revenir sur le système actuel et à lui substituer à nouveau le processus de réussite par année ? Pourriez-vous, quelle que soit votre position à cet égard, justifier celle-ci ? 

Pour le MR, dans le cadre de l’évaluation complète, externe et publique du décret Paysage, il faut analyser en priorité les caractéristiques du parcours de l’étudiant. Si les résultats de l’évaluation le démontrent, il semble pour nous évident de prendre les mesures nécessaires pour améliorer la situation rapidement, en collaboration avec les établissements, ou de modifier au besoin le système actuel d’accumulation de crédits.

Q 3. Dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures suggérerait-il afin de résoudre les multiples problèmes logistiques liés au fait que de nombreux étudiants se retrouvent avec des cours dans plusieurs blocs au sein d’un même cycle, voire de cycles différents (incompatibilités horaires, chevauchements d’examens, recul du présentiel, etc.) et les problèmes proprement didactiques et épistémologiques, tels que la délitement de la cohérence interne au parcours étudiant ou l’impossibilité, compte tenu des exigences du décret (par exemple, obligation d’octroyer un minimum de crédits à l’étudiant pour construire son programme annuel et obligation corrélative, dans un nombre non négligeable de cas, de transformer certains pré-requis en co-requis), de maintenir le caractère progressif d’un apprentissage ?

Un système par accumulation de crédits est intellectuellement et pédagogiquement intéressant, mais le décret Paysage l’a imposé de manière rapide et radicale, sans prendre le temps d’en mesurer les conséquences sur le terrain pour les étudiants, les établissements et les enseignants. Le MR plaide pour une évaluation rapide et complète de ce nouveau système, et, au besoin, pour des aménagements à apporter à notre législation. 

Q 4. Un autre effet inquiétant du décret « Paysage » consiste à bannir du vocabulaire des mots tels que « échec » ou « ajournement », au profit de termes brumeux tels que « en cours » qui, ainsi que le révèlent plusieurs enquêtes qualitatives, ont pour effet de priver les étudiants de signaux clairs en vue d’une réorientation éventuelle dans une autre filière. Ce n’est qu’au moment où ils deviennent « non-finançables » qu’ils se rendent compte, mais trop tard, de l’étendue du désastre. À nouveau dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures préconiserait-il en vue de rendre le système plus transparent et davantage réactif pour arrêter à temps des parcours étudiants voués à s’enliser ?

Certains aspects de cette organisation pratique des études nous laissent plus que sceptiques.  Nous pensons par exemple qu’abaisser le seuil de réussite à 10/20 est un mauvais signal. Le MR estime prioritaire de prendre les mesures adéquates pour vraiment informer les étudiants sur les conséquences éventuelles des décisions prises (ne pas présenter la session de septembre, laisser tomber un cours plus difficile…). D’autant plus que ce sont malheureusement les étudiants qui ont le plus de difficultés qui sont le plus susceptibles de rester sur le bord du chemin.

Q 5. Seriez-vous disposé, compte tenu des multiples critiques qui lui ont été adressées, à demander l’abrogation du décret définissant la formation initiale des enseignants ou, tout au moins, à en reporter la date d’entrée en vigueur afin de l’amender suffisamment par l’adoption d’un décret modificatif en vue de répondre à la majorité de ces critiques ? pourriez-vous justifier votre position ? 

La formation de nos enseignants fait débat depuis des années.

En ce qui concerne les Hautes Écoles, nous pensions qu’il existait une alternative à l’allongement pur et simple de la formation à 5 ans, à commencer par l’organisation d’une 4ème année de stage durant laquelle le futur enseignant pouvait déjà se confronter aux réalités du métier. Cette 4ème année aurait été une année de mise en situation et de pratique professionnelle. Le jeune bachelier se serait frotté à la réalité du terrain.  Ce stage d’un an aurait été rémunéré et encadré par un maître de stage.

Quels en auraient été les avantages ? Un coût limité pour la Fédération Wallonie-Bruxelles et pour l’étudiant, puisqu’il aurait été rémunéré. Autre avantage, ne pas aggraver les problèmes de pénurie que nous connaissons déjà actuellement. Cette approche pragmatique, aux coûts limités, n’est pas celle qui a été choisie par le Gouvernement de la FWB. Après deux législatures, un projet de décret a enfin été déposé fin 2018 au Parlement. Très novateur en termes d’organisation, il comporte également des risques budgétaires indéniables pour la FWB. En effet, le coût salarial de cette réforme est difficile à déterminer, car, outre le budget consacré à la formation proprement dite, il dépend également du choix des jeunes diplômés et des enseignants en place à se former davantage et obtenir un barème supérieur. Les conséquences en termes de pénurie ne sont pas non plus estimées durant l’année de l’allongement et le nombres d’enseignants qui quitteront en partie leur charge de cours pour se former n’est pas connu.

Q 6. En particulier, comment jugez-vous la volonté exprimée dans le décret FIE d’imposer d’emblée aux étudiants de choisir entre une filière « didactique » et une filière « disciplinaire », accompagnée en outre d’un financement préférentiel pour la première, avec le risque d’affaiblir, à terme, la qualité de la recherche en FWB ? 

La formation des enseignants du secondaire supérieur sera désormais également accessible dès la 1ère année de Bachelier universitaire. Ce qui pose le problème de la professionnalisation de cette filière, ses débouchés éventuels et le choix du jeune dès son inscription. L’idée d’une identité commune de l’enseignant est intéressante, reste à voir si sa mise en place sera réalisable. Cette distinction « filière didactique », « filière disciplinaire » ne nous convainc pas du tout. Cette réforme est ambitieuse, sans doute trop et il est quasi certain que des modifications devront y être apportées.

Q 7. Aussi bien à propos du décret « Paysage » que du décret « FIE », de nombreux acteurs de terrain pointent l’extraordinaire complexité des systèmes mis en place, ainsi que leur non moins extraordinaire immixtion dans des questions qui devraient davantage relever de l’autonomie pédagogique des institutions que d’articles de décrets. Ainsi, la quadrimestrialisation quasi-automatique des enseignements, il est vrai tempérée par la possibilité encadrée (trop encadrée, selon certains, et assortie de trop de contraintes) de maintenir un rythme annuel pour certains cours, n’a pas vocation à figurer dans un texte juridique tel qu’un décret. Quelles mesures serait-il possible, selon votre parti, de mettre en place pour redonner de l’autonomie aux établissements d’enseignement supérieur dans les choix pédagogiques ?

Pour le MR, le décret Paysage fait figure d’exemple. Une telle réforme, pour être viable à long terme, devait être portée par l’ensemble des acteurs de terrain dans une dynamique d’amélioration générale. Les âpres discussions qui ont abouti à ce décret ont laissé des traces dans le secteur. Nous avons dénoncé la philosophie générale de cette réforme menée en novembre 2013 : une atteinte à la liberté pédagogique et à l’autonomie de nos établissements. Il est temps de jeter un regard objectif sur le système complexe mis en place, de l’évaluer, et, au besoin, de l’améliorer.

Q 8. Quelles mesures concrètes et urgentes considérez-vous prioritaires afin d’améliorer l’encadrement décrétal de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles ? 

Après 5 ans d’application sur le terrain, il faut organiser une évaluation externe et complète sur le décret Paysage et les nombreuses réformes qu’il a engendrées. Mais également mettre la priorité sur l’e-Paysage : comment organiser un meilleur pilotage de notre enseignement supérieur si nous ne disposons des chiffres, statistiques, projections budgétaires et évaluations des politiques menées, en toute transparence ?

Q 9.  Compte tenu du sentiment de nombreux acteurs de terrain de l’enseignement supérieur de n’avoir pas été associés aux discussions relatives à l’élaboration des décrets « Paysage » et « FIE », pourriez-vous indiquer des exemples de mécanismes participatifs que votre parti pourrait suggérer afin d’associer à la discussion enseignants, chercheurs, administratifs et étudiants autrement que par des mécanismes de représentation qui se sont révélés, in fine, peu convaincants ?

Un des intérêts de la structure ARES est de créer un lieu où tous les établissements se rencontrent, échangent, discutent. Cette structure reçoit d’ailleurs financièrement les moyens de ses ambitions. Si de nombreux acteurs de terrain estiment ne pas avoir été suffisamment associés à l’élaboration des décrets « Paysage » et « FIE », est-ce que parce que l’ARES n’a pas joué ce rôle de relais ? Si c’est le cas, il faut prendre les mesures nécessaires pour rétablir cette indispensable concertation avec tous les acteurs de terrain, qui seront amenés à mettre en place les réformes éventuelles dans leurs établissements.

Q 10. Quelles sont les mesures dans le domaine de l’enseignement supérieur qui conditionneraient la participation de votre parti à une majorité parlementaire (soit mesures qu’il jugerait indispensables au point d’en faire une condition d’entrée dans une majorité, soit mesures – ou absence de mesures – qu’il jugerait à ce point incompatibles avec ses principes qu’il préfèrerait être dans l’opposition) ?

Depuis des années, le MR plaide pour un refinancement de notre enseignement supérieur. Celui-ci est sous-financé, c’est un constat qui fait désormais l’unanimité mais les efforts faits par la FWB ces dernières années ne sont pas suffisants. Il s’agit de conserver prioritairement un financement public par établissement, mais de donner l’autonomie aux établissements pour diversifier leurs sources de financement. Pour nous, une réflexion doit être menée en parallèle sur une remise à plat et une amélioration du financement de notre enseignement supérieur : adaptation du système actuel d’enveloppe fermée, fin de la concurrence stérile entre établissements (course à l’étudiant), prise en compte des filières qui rejoignent l’Université et adoption de critères de financement plus pertinents…

Cet enseignement a été définancé depuis de trop nombreuses années. Il faut réfléchir, sans tabous, à rétablir un équilibre budgétaire qui permettrait à nos établissements de conserver leur réputation de qualité et d’encadrer au mieux nos étudiants.

Il nous paraît également indispensable de mener une évaluation complète, externe et publique du décret Paysage, et de suivre très attentivement le mise en place de la réforme de la formation initiale des enseignants, votée en fin de législature.

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