Réponses du PS au questionnaire du Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB

Après le MR ce 16 mai et DéFI ce 20 mai, c’est au tour du PS de présenter ses réponses au questionnaire du Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB ce lundi. Nous proposerons en fin de semaine un résumé de toutes les réponses reçues et de premiers commentaires sur celles-ci. Nous espérons ainsi que nos lecteurs seront mieux éclairés pour le scrutin du 26 mai prochain.

Q1. Quelle est votre analyse de la mise en œuvre du décret « Paysage » depuis son entrée en vigueur ? Le système d’organisation mis en place par celui-ci vous paraît-il satisfaisant ou pas et pourquoi ?

Le décret paysage est le résultat d’une démarche longue et participative, sans précédent en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il traduit les recommandations des « Tables-rondes de l’enseignement supérieur » constituées en 2009 et qui ont réuni l’ensemble des représentants de l’enseignement supérieur durant de très nombreux mois.

Il a pour ambition de définir de nouvelles dispositions afin de renforcer l’intégration de l’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles au sein de l’Espace européen de l’enseignement supérieur. Surtout, il replace l’étudiant au coeur des préoccupations. C’est pour les étudiants qu’il convient de renforcer la qualité de notre enseignement supérieur et d’y promouvoir la réussite. Dans le même temps, le décret paysage veut garantir l’excellence de notre recherche et assurer la visibilité internationale de nos institutions et de nos centres de recherche, au bénéfice de toute la société.

Pour y parvenir, le décret paysage s’appuie notamment sur les axes suivants :  

  • un nouveau mode d’organisation institutionnelle de l’enseignement supérieur afin d’améliorer la cohérence de l’offre d’enseignement supérieur;
  • la systématisation de l’approche par acquis d’apprentissage et le renforcement du parcours d’apprentissage personnalisé ;
  • la poursuite de la démocratisation de l’enseignement supérieur, notamment par le renforcement des mécanismes d’aide à la réussite auprès des étudiants.

Dans le contexte d’un enseignement obligatoire francophone fortement inégalitaire, ces différents éléments permettent de renforcer l’accessibilité à l’enseignement supérieur.

Le décret Paysage constitue donc une réforme d’ampleur pour tous les acteurs de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Et comme dans toute réforme d’envergure, elle a apporté de nombreux changements au sein des établissements d’enseignement supérieur.

La mise en place a pu être, dans certains cas, assez laborieuse mais différentes mesures d’adaptation et d’accompagnement ont été prises par le Ministre Jean-Claude Marcourt après consultations des acteurs et actrices de terrains. Plusieurs modifications ont été introduites au cours du temps pour, par exemple, simplifier certaines démarches administratives, assurer une évaluation régulière du dispositif ou encore assouplir des règles jugées trop sévères (sur les étudiants fraudeurs par exemple).

En termes d’accompagnement également, un budget d’environ 6 millions d’euros a également été dégagé afin de permettre aux établissements d’enseignement supérieur d’engager plus d’une centaine de conseillers académiques.

S’agissant du système d’organisation mis en place, le décret paysage – et c’était une volonté du PS – défend une organisation de l’enseignement et des collaborations entre établissements d’enseignement supérieur sur une base géographique, afin de renforcer les synergies plutôt que les concurrences et d’assurer une offre d’enseignement cohérente et de proximité – notamment pour les premier cycles – sur l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le Décret a ainsi permis la création des Pôles académiques, dont l’objectif est d’associer les acteurs de l’enseignement actifs par zones géographiques, afin de susciter des collaborations entre eux. Cette nouveauté est déterminante dans le paysage de l’enseignement supérieur. Afin de renforcer l’activité de ces Pôles, le Ministre Marcourt a dégagé, au cours de la législature, un budget de plus de 500.000 euros/an. Ce budget permet aux Pôles d’organiser des activités de préparation aux études supérieures en associant tous les établissements d’enseignement supérieur.

Dans le même esprit, la création de l’ARES a permis d’associer l’ensemble des acteurs (établissements, syndicats, étudiants) des établissements (Universités, Hautes Ecoles, Ecoles Supérieurs Artistiques). Jusque-là, ces acteurs se parlaient peu, se connaissaient peu. L’accent mis, par exemple, sur la co-diplômation a permis l’émergence de projets novateurs qui n’auraient sans doute pas vu le jour hier. Cette évolution culturelle n’est certainement pas la plus simple à opérer et elle demandera, sans doute, encore du temps pour être définitivement intégrée, mais elle est essentielle pour atteindre les objectifs que notre société assigne à l’enseignement supérieur : garantir la qualité de notre enseignement, assurer l’excellence de notre recherche et offrir des services à la collectivité efficaces.

Enfin, si, depuis son entrée en fonction, le Ministre Jean-Claude Marcourt a mis un point d’honneur à consulter et écouter les acteurs. A cet égard, le PS est évidemment disponible pour envisager toute évolution qui permettrait d’améliorer la qualité de l’enseignement supérieur et de renforcer son accessibilité.

Q 2. Le problème majeur pointé par les contributeurs du Livre noir découle de la mise en place d’un système de réussite par accumulation de crédits plutôt que par année d’étude. Votre parti serait-il disposé, compte tenu de ces problèmes, à revenir sur le système actuel et à lui substituer à nouveau le processus de réussite par année ? Pourriez-vous, quelle que soit votre position à cet égard, justifier celle-ci ? 

Comme expliqué ci-dessus, le PS est disponible pour toute amélioration du décret paysage. Néanmoins, le système de parcours personnalisé permet à l’étudiant de ne pas faire du surplace. C’est un principe que le PS entend préserver, au bénéfice de l’étudiant.

Avant la réforme, il existait d’ailleurs un système similaire qui – de manière optionnelle pour les Universités et mécanique pour les Hautes Ecoles – permettait aux étudiants de poursuivre le cursus à partir de 48 crédits acquis.

Il est également intéressant de rappeler que dans le système des candidatures et licences, le cadre était beaucoup moins flexible qu’aujourd’hui. De nombreux étudiants allaient ainsi « négocier » chez les professeurs pour obtenir des dispenses ou pour pouvoir anticiper certains cours.

C’était une faveur que l’enseignant pouvait octroyer ou non, sur base d’une décision subjective. Dorénavant, avec le décret Paysage, ce cadre est défini. Il n’y a plus de discriminations entre étudiants. Un cadre objectif pour le parcours de l’étudiant, c’est aussi un principe auquel le PS est attaché.

Cet assouplissement des parcours doit aussi favoriser la formation tout au long de la vie, de plus en plus importante aujourd’hui.

Un rapport de recherche de l’Ares sur la réussite des études de premier cycle de l’enseignement supérieur, montre que réussir dans l’enseignement supérieur repose sur une adaptabilité des parcours. Ainsi, cette étude témoigne du fait que les parcours personnalisés constituent un levier majeur de démocratisation des études ; et cette démocratisation des études doit être, pour le PS, un élément clé de toute politique d’enseignement supérieur. De nombreux systèmes européens ont d’ailleurs évolué, depuis le processus de Bologne, vers un système d’accumulation de crédits.

Enfin, il nous paraît important de rappeler le rôle central des jurys dans de nombreuses décisions. Contrairement à une idée reçue, le décret n’a porté en rien préjudice aux prérogatives des jurys. Ils étaient, sont et resteront souverains. Certaines pratiques (notes absorbantes, points de balance, etc.) existaient déjà bien avant l’entrée en vigueur du décret Paysage et relève toujours de la responsabilité des jurys qui délibèrent en toute souveraineté. Il est donc nécessaire de bien dissocier ce qui relève de mesures décrétales d’une part, et de mesures pédagogiques d’autre part. Les jurys n’ont jamais été et ne doivent pas devenir de simples chambres d’entérinement. Bien au contraire, ils doivent demeurer les lieux privilégiés de délibérations, de construction des parcours des étudiants ou encore de définition des pré-requis et des co-requis.

Q 3. Dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures suggérerait-il afin de résoudre les multiples problèmes logistiques liés au fait que de nombreux étudiants se retrouvent avec des cours dans plusieurs blocs au sein d’un même cycle, voire de cycles différents (incompatibilités horaires, chevauchements d’examens, recul du présentiel, etc.) et les problèmes proprement didactiques et épistémologiques, tels que la délitement de la cohérence interne au parcours étudiant ou l’impossibilité, compte tenu des exigences du décret (par exemple, obligation d’octroyer un minimum de crédits à l’étudiant pour construire son programme annuel et obligation corrélative, dans un nombre non négligeable de cas, de transformer certains pré-requis en co-requis), de maintenir le caractère progressif d’un apprentissage ? 

D’un point de vue logistique, le Ministre Marcourt a libéré en 2018 les budgets nécessaires à l’engagement d’une centaine de personnes supplémentaires, les conseillers et conseillères académiques, qui participent, au sein des établissements, à la mise en œuvre du décret Paysage et, notamment, à l’élaboration des programmes des étudiants. D’autre part, les problèmes rencontrés suite à l’individualisation du parcours de l’étudiant sont, aujourd’hui, largement amoindris suite aux logiciels installés qui permettent de pallier certaines difficultés, comme le fait pour un étudiant d’avoir deux cours au même moment à des endroits différents.

Concernant les problèmes didactiques, le projet de décret portant diverses mesures relatives à l’enseignement supérieur et à la recherche, récemment adopté au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, permettra dorénavant aux jury de valider un programme annuel inférieur à 60 crédits lorsque, pour atteindre le minimum de 60 crédits il faudrait inscrire au programme annuel de l’étudiant des unités d’enseignement pour lesquelles il n’a pas encore acquis des prérequis qui ne peuvent pas être transformés en corequis.

Cette disposition du décret permet de répondre à l’une de vos préoccupations. Le programme de l’étudiant pourra être également allégé pour des raisons pédagogiques et/ou organisationnelles dûment motivées, sans que ce programme ne puisse être inférieur à 55 crédits.

Q 4. Un autre effet inquiétant du décret « Paysage » consiste à bannir du vocabulaire des mots tels que « échec » ou « ajournement », au profit de termes brumeux tels que « en cours » qui, ainsi que le révèlent plusieurs enquêtes qualitatives, ont pour effet de priver les étudiants de signaux clairs en vue d’une réorientation éventuelle dans une autre filière. Ce n’est qu’au moment où ils deviennent « non-finançables » qu’ils se rendent compte, mais trop tard, de l’étendue du désastre. À nouveau dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures préconiserait-il en vue de rendre le système plus transparent et davantage réactif pour arrêter à temps des parcours étudiants voués à s’enliser ?

Ce changement de vocabulaire induit par le décret paysage a suscité plusieurs incompréhensions dommageables aux étudiants. De ce point de vue, le Ministre Marcourt a toujours rappelé que la validation de 45 crédits en première année de premier cycle ne constitue aucunement une réussite pour l’étudiant.

L’étudiant doit se rendre compte que cette mesure l’autorise à progresser mais qu’elle constitue aussi et surtout un signal d’alerte face et une situation d’échec partiel.

Ce système requiert, il est vrai, une implication accrue de la part des étudiants dans la gestion de leur parcours. Afin d’y parvenir, le PS propose de donner à chaque étudiant une information sur le décret « paysage ». Les règles du décret paysage sont souvent méconnues par les étudiants, parfois même par leurs enseignants. Cette méconnaissance peut les amener à avoir une vue biaisée de leur parcours. Cette information permettra aux étudiants de maitriser bien plus vite les règles en vigueur, de comprendre les règles de réussite et l’impact des échecs sur leur parcours et leur charge de travail.

Q 5. Seriez-vous disposé, compte tenu des multiples critiques qui lui ont été adressées, à demander l’abrogation du décret définissant la formation initiale des enseignants ou, tout au moins, à en reporter la date d’entrée en vigueur afin de l’amender suffisamment par l’adoption d’un décret modificatif en vue de répondre à la majorité de ces critiques ? Pourriez-vous justifier votre position ? 

Non, le PS ne défend pas une abrogation du récent décret relatif à la formation initiale des enseignants car ce décret est d’une importance capitale pour le niveau d’éducation des générations futures. C’est le fruit d’un long travail de consultation et de concertation, assez inédit dans l’histoire de notre système éducatif, qui doit  contribuer à l’amélioration de la qualité de notre enseignement et au renforcement de l’attractivité du métier.

Dès 2011, une évaluation qualitative, participative et prospective, de la formation initiale des enseignants, menée par l’Université Saint-Louis, mettait en lumière plusieurs éléments démontrant la nécessité de refondre complètement notre modèle de formation des enseignants, à savoir le fait que :

  • le métier d’enseignant s’est complexifié. L’évolution de la société a modifié les rapports entre la famille et l’école, entre l’école et le savoir. Elle a également modifié le rapport à l’autorité et d’une manière générale, la place de l’école dans la société.
  • beaucoup d’enseignants estiment ne pas être soutenus et reconnus au sein de l’institution scolaire. Ils se sentent déconsidérés par la société au sens large. Les programmes de formation initiale n’armaient pas non plus suffisamment les enseignants pour faire face à la difficulté croissante du métier (manque d’outils pour la détection des besoins spécifiques, pour la gestion des classes hétérogènes, pour la gestion des contextes socioéconomiques difficiles, etc.).
  • la formation des futurs enseignants n’est pas satisfaisante. Elle est trop dense et ne prépare pas assez aux réalités du métier.

Un Comité permanent de Suivi de la réforme, regroupant les principaux acteurs de l’enseignement obligatoire et supérieur a donc été créé, ainsi qu’un groupe technique chargé de formuler des propositions concrètes, le Groupe des quatre opérateurs d’enseignement supérieur, communément appelé GT4O.

C’est sur ces bases et pour répondre à ces défis que le décret de réforme de la formation initiale a été établi. Suite à ce décret, les enseignants du fondamental et du secondaire inférieur seront désormais formés en un minimum de quatre années de formation de niveau universitaire. La Fédération Wallonie-Bruxelles restait un des seuls systèmes européens à former les enseignants du fondamental et du secondaire inférieur en trois ans et à ne prévoir qu’une seule année de cours didactique en sus de leur master disciplinaire pour les enseignants du secondaire supérieur.

Cet allongement permet de reconnaitre l’égale complexité du métier, quel que soit le niveau d’enseignement,  et de développer une identité professionnelle forte, permettant aux enseignants de mieux se connaître et de travailler ensemble vers un objectif commun.

La réforme vise également à fluidifier le parcours des élèves à travers les niveaux d’enseignement. Les études le prouvent : les moments de transition (entre le maternel et le primaire, entre le primaire et le secondaire, entre le secondaire inférieur et le secondaire supérieur) sont difficiles. La réforme de la formation initiale permettra aux enseignants d’enseigner à différents niveaux d’enseignement (un enseignant de fin de primaire pourra désormais enseigner dans les premières années du secondaire). Cette nouvelle organisation de la formation initiale est de nature à faciliter la transition de l’élève d’un niveau d’enseignement à un autre grâce à des enseignants qui connaissent mutuellement les différents niveaux d’enseignement et leurs attendus.

La nouvelle formation initiale offrira aussi aux futurs diplômés un bagage adéquat pour agir en tant que pédagogue au sein de leur classe, pour lutter contre l’échec et pour transmettre plus facilement à chaque élève les acquis attendus.

Pour le PS, il est important de mettre en œuvre cette réforme dans les établissements d’enseignement supérieur dès la rentrée de septembre 2020. Cette mise en œuvre constitue un important défi pour les établissements d’enseignement supérieur étant donné que le cursus des étudiants se déroulera, quel que soit l’âge des élèves auquel il se destine, pour partie en Haute école et pour partie à l’Université ou dans un établissement d’Enseignement supérieur artistique. Cette réorganisation entraîne de nombreuses conséquences sur la gestion des programmes, l’organisation pratique du travail en commun, les cours, les délibérations, les horaires, les déplacements, etc.

Mais là où de nombreux systèmes d’enseignement ont fait le choix de confier la formation initiale des enseignants à un seul type d’opérateurs plutôt qu’à d’autres, là où d’autres systèmes ont décidé de créer de nouveaux opérateurs « de toute pièce », le Ministre Marcourt a, lui, fait le choix de s’appuyer sur les expertises actuelles des universités et des hautes écoles. 

Pour accompagner cette mise en œuvre, le Ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Claude Macrourt, a mis en place deux types d’aides. D’une part, une aide directe aux établissements concernés qui se matérialisera par le recrutement de conseillers pédagogiques spécifiques et, d’autre part, un accompagnement plus centralisé qui sera développé par une cellule d’appui hébergée à l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES).

Cette articulation entre ces deux types d’aide se justifie par le fait que, parmi les conditions essentielles de la réussite de cette réforme, figurent non seulement l’appropriation par chaque formateur des principes de base qui sous-tendent le décret, mais aussi la coordination des actions menées dans les établissements au service d’une vision commune en termes de changement.

Le PS propose de poursuivre l’accompagnement des établissements, de le renforcer le cas échéant, afin de veiller à une mise en œuvre réussie et complète de la réforme. Par ailleurs, des moyens budgétaires importants seront dégagés (plus de 40 millions €) pour permettre l’organisation de cette réforme.

Q 6. En particulier, comment jugez-vous la volonté exprimée dans le décret FIE d’imposer d’emblée aux étudiants de choisir entre une filière « didactique » et une filière « disciplinaire », accompagnée en outre d’un financement préférentiel pour la première, avec le risque d’affaiblir, à terme, la qualité de la recherche en FWB ? 

En cohérence avec les propositions formulées par le GT4O, le Gouvernement puis le Parlement, ont soutenu l’idée de créer, pour tous les niveaux d’enseignement, en ce compris le secondaire supérieur, des cursus de formation conduisant spécifiquement à l’enseignement. En effet, on ne peut pas à la fois défendre l’idée que le métier d’enseignant est important et continuer à organiser les études pour pouvoir l’exercer sous la forme d’une formation de 30 crédits seulement, attachée à des formations disciplinaires. Les études qui conduisent aux métiers d’enseignement doivent exister pour elles-mêmes, faire l’objet d’objectifs disciplinaires et pédagogiques d’égale importance, avoir des contenus et une méthodologie spécifiques, s’étaler sur un nombre suffisant de crédits.

Quant aux possibilités de choix des étudiants, elles ne diffèrent pas beaucoup de ce qui existe aujourd’hui. Un étudiant s’inscrivant dans un bachelier en enseignement ou dans un bachelier de type « disciplinaire » n’hypothèquera absolument pas ses possibilités d’accéder à un master en enseignement ou à un master de type « disciplinaire ». Les parcours, dont le premier cycle comprendra 150 crédits d’enseignements communs, pourront être croisés. Ainsi, par exemple, un étudiant détenteur d’un bachelier en enseignement en mathématiques pourra, moyennant une « mise à jour » de 30 crédits, se réorienter vers un master en sciences mathématiques et inversement.

Ce seront donc des étudiants motivés, parce qu’ils auront mûrement réfléchi à leur orientation, qui entreront sur le marché du travail ou s’orienteront vers la recherche.

A cet égard, il est à noter qu’un nouveau domaine de recherche en Enseignement est créé par le décret afin de développer et de donner de la visibilité aux recherches en pédagogie et en didactique, nécessaires pour alimenter l’innovation pédagogique.

Q 7. Aussi bien à propos du décret « Paysage » que du décret « FIE », de nombreux acteurs de terrain pointent l’extraordinaire complexité des systèmes mis en place, ainsi que leur non moins extraordinaire immixtion dans des questions qui devraient davantage relever de l’autonomie pédagogique des institutions que d’articles de décrets. Ainsi, la quadrimestrialisation quasi-automatique des enseignements, il est vrai tempérée par la possibilité encadrée (trop encadrée, selon certains, et assortie de trop de contraintes) de maintenir un rythme annuel pour certains cours, n’a pas vocation à figurer dans un texte juridique tel qu’un décret. Quelles mesures serait-il possible, selon votre parti, de mettre en place pour redonner de l’autonomie aux établissements d’enseignement supérieur dans les choix pédagogiques ?

Le décret Paysage offre déjà actuellement une large autonomie aux établissements. Ainsi son article 8 le précise clairement : « Chaque établissement d’enseignement supérieur jouit de la liberté de mener et d’organiser ses activités d’enseignement, de recherche et de service à la collectivité, en vue de remplir au mieux ses différentes missions. Dans l’exercice de ses missions, tout membre du personnel d’un établissement d’enseignement supérieur y jouit de la liberté académique. ».

Une répartition identique du calendrier académique pour tous les établissements d’enseignement supérieur est indispensable pour offrir un partage effectif d’activités mais également pour permettre une mobilité, nationale ou internationale, des étudiants et des enseignants. Cette quadrimestrialisation présente également l’avantage de répartir la charge des examens en deux sessions, en fin de premier et en fin de deuxième quadrimestre. Le Décret Paysage n’a toutefois pas pour objectif d’être trop contraignant car diverses exceptions à la quadrimestrialisation sont prévues comme par exemple « des activités dispensées dans le cadre de l’enseignement en alternance, de certaines évaluations, stages, projets ou activités d’intégration professionnelle ».

Q 8. Quelles mesures concrètes et urgentes considérez-vous prioritaires afin d’améliorer l’encadrement décrétal de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Premièrement, le PS défend la poursuite du refinancement de l’enseignement supérieur. Sous cette législature, un refinancement de l’enseignement supérieur a été adopté pour une enveloppe de 107,5 millions d’euros. Cette augmentation n’est évidemment pas suffisante pour répondre aux défis rencontrés mais elle constitue une première étape significative dans le contexte budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est pourquoi le Parti Socialiste propose d’accélérer le refinancement de l’enseignement supérieur.

Deuxièmement, le PS propose d’accroitre le financement des établissements en tenant compte des caractéristiques du public qui fréquente les établissements. Le décret relatif à l’encadrement différencié est un acquis important pour le PS et un moyen de lutter contre les inégalités de notre système scolaire. Ce décret, en vigueur dans l’enseignement obligatoire, permet aux établissements accueillant des enfants issus de milieux en difficultés socioéconomiques de disposer d’enseignants, de professionnels (éducateurs, assistants sociaux, etc.) et de budgets supplémentaires. Le PS propose l’adoption d’un dispositif similaire dans l’enseignement supérieur. Ce dispositif pourra également concerner les élèves à besoins spécifiques pour qui des investissements supplémentaires sont souvent nécessaires.

Troisièmement, le PS fait des dispositifs qui visent à améliorer l’accessibilité financière de l’enseignement supérieur une priorité. Le budget global des allocations d’études est passé de 58,85 millions d’euros en 2016 à 66,56 millions d’euros en 2019, soit une augmentation de 13% en 3 ans. L’enveloppe pour les subsides sociaux passera d’ici 4 ans de 40 à 60 millions, c’est donc une augmentation considérable. Le PS propose de continuer dans cette voie et notamment de renforcer l’accessibilité des études supérieures (augmentation des montants des bourses d’études pour les étudiants en difficultés financières et relèvement des plafonds), de faciliter l’accès au logement étudiant et d’offrir la gratuité des transports en commun aux étudiants

Enfin, l’aide à la réussite et l’accompagnement des étudiants doit être une priorité. A cet égard, le PS propose de renforcer l’accompagnement des étudiants lors de la première année vu que le taux d’échec y est particulièrement important. Le PS propose donc de renforcer l’encadrement pédagogique et le soutien social des étudiants. Le PS défend également la multiplication des évaluations formatives. Les étudiants n’ont pas toujours conscience des attendus à atteindre pour la réussite des études qu’ils ont choisies. Ces évaluations permettront de cerner les lacunes des étudiants et d’y remédier par un suivi individualisé.

Q 9. Compte tenu du sentiment de nombreux acteurs de terrain de l’enseignement supérieur de n’avoir pas été associés aux discussions relatives à l’élaboration des décrets « Paysage » et « FIE », pourriez-vous indiquer des exemples de mécanismes participatifs que votre parti pourrait suggérer afin d’associer à la discussion enseignants, chercheurs, administratifs et étudiants autrement que par des mécanismes de représentation qui se sont révélés, in fine, peu convaincants ?  

Tout au long de son mandat, le Ministre Marcourt a mis un point d’honneur à être un Ministre toujours à l’écoute des acteurs et actrices de l’enseignement supérieur.

Les meilleures preuves en sont les processus d’élaboration ou les modifications apportées suite aux remarques et préoccupations exprimées par les acteurs. C’est le cas du décret relatif à la formation initiale des enseignants. C’est le cas également du décret paysage.

Pour le PS, ce processus de consultations doit se poursuivre. C’est pourquoi le décret, voté ce 2 mai, institue une nouvelle enceinte de concertation, à savoir le comité de suivi composé de l’ensemble des acteurs de terrain. Il sera chargé de « faire remonter » les problèmes d’interprétation du décret.

Ceci étant dit, nous entendons les demandes de consultations renforcées. Il est certain que nous ne pouvons pas consulter tous les enseignants individuellement et que leurs représentants au sein de leur établissement, à l’ARES ou dans les différents groupes de travail, doivent parfois simplifier ou condenser les avis reçus pour en faire un message cohérent. Parfois, ces différents avis se contredisent et l’ARES, le Ministre ou le Parlement doivent, selon les cas, tenir le rôle d’arbitre. Certains enseignants ou étudiants peuvent donc avoir l’impression de ne pas être entendus, a fortiori si aucun retour n’est effectué vers les acteurs de terrains, qu’ils soient enseignants ou étudiants.

Néanmoins, cette démarche participative est fondamentale pour le PS. C’est pourquoi le PS est disponible pour réfléchir, avec les étudiants, les enseignants et les établissements, à tous les mécanismes qui pourront améliorer le processus de concertation et permettre une consultation plus directe des acteurs.

Q 10. Quelles sont les mesures dans le domaine de l’enseignement supérieur qui conditionneraient la participation de votre parti à une majorité parlementaire (soit mesures qu’il jugerait indispensables au point d’en faire une condition d’entrée dans une majorité, soit mesures – ou absence de mesures – qu’il jugerait à ce point incompatibles avec ses principes qu’il préfèrerait être dans l’opposition) ?

Les trois premières priorités du PS sont la poursuite du refinancement, le renforcement des mesures d’accessibilité aux études supérieures – en ce compris dans le cadre de la formation tout au long de la vie – et la lutte contre l’échec. Ce sont ces trois mesures que le PS mettra prioritairement sur la table en vue de constituer une majorité suite aux élections.

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