Réponses du PTB au questionnaire du Livre Noir de l’enseignement supérieur en FWB

Après le MR le 16 mai, DéFI le 20 mai et le PS le 21 mai, c’est au tour du PTB de présenter ses réponses au questionnaire du Livre noir de l’enseignement supérieur en FWB ce mercredi. Nous proposerons en fin de semaine un résumé de toutes les réponses reçues et de premiers commentaires sur celles-ci. Nous espérons ainsi que nos lecteurs seront mieux éclairés pour le scrutin du 26 mai prochain.

Q 1. Quelle est votre analyse de la mise en œuvre du décret « Paysage » depuis son entrée en vigueur ? le système d’organisation mis en place par celui-ci vous paraît-il satisfaisant ou pas et pourquoi ?

Le Décret Paysage, comme mise en application des directives européennes initiées par la Déclaration de Bologne, prend sa source dans le paradigme de plus en plus dominant d’un enseignement au service d’une « économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Entendez de « la compétitivité des multinationales européennes, ». Ce décret accentue la dualisation de l’enseignement supérieur avec d’un côté des universités francophones qui deviennent des centres d’excellence internationaux, de l’autre des établissements de seconde zone. Tout ceci étant justifié par la diffusion d’idées élitistes ainsi que par l’utilisation du sous-financement comme argument affirmant qu’il n’y a pas d’alternative. Les mesures mises en place par le Décret Paysage comme l’harmonisation à l’international, le déboulonnement de l’année d’étude, l’organisation par pôles correspondant aux pôles économiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, etc. s’inscrivent dans ce projet, et ont des conséquences néfastes sur l’accès égal à l’enseignement supérieur. Avec le PTB, nous remettons donc en cause les fondements du Décret Paysage.

Nous estimons que le rôle de l’enseignement est de permettre à tous d’accéder à une formation d’excellence en mettant en place l’encadrement pédagogique nécessaire à la réussite. L’enseignement (supérieur) doit être un droit pour toutes et tous, doit permettre de garantir l’accès au savoir et à la réussite.

Q 2. Le problème majeur pointé par les contributeurs du Livre noir découle de la mise en place d’un système de réussite par accumulation de crédits plutôt que par année d’étude. Votre parti serait-il disposé, compte tenu de ces problèmes, à revenir sur le système actuel et à lui substituer à nouveau le processus de réussite par année ? Pourriez-vous, quelle que soit votre position à cet égard, justifier celle-ci ?

Alors que notre enseignement a un besoin crucial de démocratisation, pour le PTB, le Décret Paysage cache des aspects qui mettent justement en danger la qualité et l’accessibilité de l’enseignement. C’est le cas, par exemple, du concept de déboulonnement de l’année d’étude. En pratique, cela signifie surtout que chaque étudiant.e est maintenant responsable individuellement d’organiser ses études. Sans refinancement et augmentation substantielle de l’aide à la réussite, le déboulonnement n’est pas vecteur de lutte contre l’échec, comme le prétendait pourtant Jean-Claude Marcourt. Il contribue uniquement à allonger la durée des études, et, associé à une individualisation des parcours, cela ne fait que renforcer les inégalités sociales. Nous nous positionnons donc pour un retour à un processus de réussite par année.

Q 3. Dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures suggérerait-il afin de résoudre les multiples problèmes logistiques liés au fait que de nombreux étudiants se retrouvent avec des cours dans plusieurs blocs au sein d’un même cycle, voire de cycles différents (incompatibilités horaires, chevauchements d’examens, recul du présentiel, etc.) et les problèmes proprement didactiques et épistémologiques, tels que la délitement de la cohérence interne au parcours étudiant ou l’impossibilité, compte tenu des exigences du décret (par exemple, obligation d’octroyer un minimum de crédits à l’étudiant pour construire son programme annuel et obligation corrélative, dans un nombre non négligeable de cas, de transformer certains pré-requis en co-requis), de maintenir le caractère progressif d’un apprentissage ? ;

Nous sommes pour un retour au processus de réussite par année, nous nous opposons au système par accumulation de crédit qui contribue à individualiser et prolonger les cursus au détriment des enseignements et de la réussite.

Q 4. Un autre effet inquiétant du décret « Paysage » consiste à bannir du vocabulaire des mots tels que « échec » ou « ajournement », au profit de termes brumeux tels que « en cours » qui, ainsi que le révèlent plusieurs enquêtes qualitatives, ont pour effet de priver les étudiants de signaux clairs en vue d’une réorientation éventuelle dans une autre filière. Ce n’est qu’au moment où ils deviennent « non-finançables » qu’ils se rendent compte, mais trop tard, de l’étendue du désastre. À nouveau dans l’hypothèse où votre parti serait favorable au maintien d’un système de réussite par accumulation de crédits, quelles mesures préconiserait-il en vue de rendre le système plus transparent et davantage réactif pour arrêter à temps des parcours étudiants voués à s’enliser ? ;

Nous sommes pour un retour au processus de réussite par année, nous nous opposons au système par accumulation de crédit qui contribue à individualiser et prolonger les cursus au détriment des enseignements et de la réussite.

Q 5. Seriez-vous disposé, compte tenu des multiples critiques qui lui ont été adressées, à demander l’abrogation du décret définissant la formation initiale des enseignants ou, tout au moins, à en reporter la date d’entrée en vigueur afin de l’amender suffisamment par l’adoption d’un décret modificatif en vue de répondre à la majorité de ces critiques ? pourriez-vous justifier votre position ?

Nous défendons d’avoir du personnel en suffisance pour un enseignement de qualité, ce que le nouveau décret n’assure pas, comme cela a été critiqué. Une consultation et une participation massive des acteurs et actrices de terrain est fondamental pour assurer une réponse aux problématiques de terrain et de prendre en main les défis auxquels l’enseignement doit faire face.

Pour avoir du personnel en suffisance pour un enseignement de qualité :

  • Nous augmentons la formation des enseignants en la portant à cinq ans, en concertation avec les syndicats, avec une revalorisation salariale à la clé.
  • Nous aidons les jeunes enseignants à ne pas quitter le métier, notamment grâce à un accompagnement individuel en début de carrière par des enseignants expérimentés. Les enseignants de plus de 55 ans pourront ainsi lever le pied.
  • Nous rendons le métier d’enseignant plus collectif. Une partie de l’horaire des enseignants doit devenir du travail en équipe.
  • Nous facilitons la possibilité de devenir enseignant en cours de carrière. En valorisant les années prestées dans une autre profession, nous attirons des nouveaux enseignants motivés.
  • Nous refinançons l’enseignement. Les besoins augmentent (nouveaux bâtiments, gratuité, réforme de l’enseignement…), les budgets doivent suivre.

Pour faire face à tous les défis qu’on attend des enseignants, nous augmentons la formation des enseignants à cinq ans. C’est une des clés du succès du modèle scolaire finlandais. Cela permet aussi une revalorisation salariale pour les enseignants.

Nous voulons lutter contre l’abandon précoce des enseignants débutants. À côté de notre proposition de création d’un « pool » d’enseignants (qui peuvent être appelés en renfort au niveau  du nous aidons les jeunes enseignants notamment grâce à un accompagnement individuel en début de carrière par des enseignants expérimentés. Ceux-ci pourront ainsi souffler un peu en fin de carrière. Les enseignants doivent garder leur ancienneté, quel que soit leur réseau. Cela facilitera le début de carrière des enseignants ainsi que les remplacements.

Les réformes que nous menons (lutte contre le redoublement via le tronc commun, collaboration entre réseaux) permettent d’économiser d’importantes sommes d’argent. Néanmoins, notre programme pour l’enseignement est ambitieux, car les besoins sont immenses : nouveaux bâtiments, gratuité, engagement de professeurs supplémentaires… Grâce à la taxe des millionnaires, nous pouvons augmenter le budget de l’enseignement au niveau national d’au moins un milliard d’euros par an.

Q 6. En particulier, comment jugez-vous la volonté exprimée dans le décret FIE d’imposer d’emblée aux étudiants de choisir entre une filière « didactique » et une filière « disciplinaire », accompagnée en outre d’un financement préférentiel pour la première, avec le risque d’affaiblir, à terme, la qualité de la recherche en FWB ? 

Pas de réponse.

Q 7. Aussi bien à propos du décret « Paysage » que du décret « FIE », de nombreux acteurs de terrain pointent l’extraordinaire complexité des systèmes mis en place, ainsi que leur non moins extraordinaire immixtion dans des questions qui devraient davantage relever de l’autonomie pédagogique des institutions que d’articles de décrets. Ainsi, la quadrimestrialisation quasi-automatique des enseignements, il est vrai tempérée par la possibilité encadrée (trop encadrée, selon certains, et assortie de trop de contraintes) de maintenir un rythme annuel pour certains cours, n’a pas vocation à figurer dans un texte juridique tel qu’un décret. Quelles mesures serait-il possible, selon votre parti, de mettre en place pour redonner de l’autonomie aux établissements d’enseignement supérieur dans les choix pédagogiques ?

Aujourd’hui, ce qui détermine de plus en plus les orientations de l’enseignement supérieur, ce sont les classements internationaux des universités ou les besoins des multinationales, et non les besoins sociaux ou environnementaux. Toutes les recommandations (européennes, nationales), comme le « Décret paysage » du ministre Marcourt, encouragent les partenariats avec les entreprises privées afin de faire correspondre l’enseignement supérieur à leurs besoins. L’ARES, qui gère l’enseignement supérieur francophone, est d’ailleurs aujourd’hui dirigée par l’ancien vice-président de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Tout un symbole.

Pourtant, notre société fait face à de nombreux défis sociaux et environnementaux comme la crise environnementale, la recherche contre le cancer ou encore la révolution technologique. L’enseignement supérieur pourrait mettre ces défis au centre de l’attention et permettre à la fois de former des citoyens capables de prendre en main ces défis, et de contribuer prioritairement à la recherche dans ces matières.

Les étudiant.e.s doivent non seulement être préparé.e.s au marché du travail, mais aussi à pouvoir réfléchir de manière critique sur notre société. L’enseignement est et reste un service public et les partenariats avec les entreprises privées doivent être strictement encadrés. Les acteurs.trices issu.e.s d’entreprises privées n’ont pas leur place dans la direction de l’enseignement supérieur. Nous encourageons au contraire les chaires avec les associations de la société civile et les organisations syndicales afin de sensibiliser les étudiant.e.s aux problématiques sociales et leur donner les outils permettant l’action citoyenne et le développement de l’esprit critique.

Q 8. Quelles mesures concrètes et urgentes considérez-vous prioritaires afin d’améliorer l’encadrement décrétal de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles ? 

Le sous-financement est un problème de plus en plus sérieux. Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles dépense par étudiant.e 13% de moins que la moyenne des pays développés. Depuis l’instauration de l’enveloppe fermée, c’est une diminution de 20 % du budget pour les universités, et de 15 % pour les hautes écoles. Résultat : des infrastructures en ruine, un manque d’assistant.e.s, des auditoires trop petits, des horaires d’examen impossibles, … Sans moyens suffisants, la qualité générale de l’enseignement, comme de la recherche, ne peuvent que baisser. L’enseignement supérieur a donc urgemment besoin d’un refinancement. Mais cela ne peut pas se faire en allant chercher l’argent des étudiant.e.s et de leur famille par une augmentation du prix du minerval.

Aujourd’hui il est donc indispensable d’assurer un refinancement de l’enseignement supérieur et de la recherche, en sortant de l’enveloppe fermée, permettant un refinancement de minimum 300 millions d’euros par an.

Q 9. Compte tenu du sentiment de nombreux acteurs de terrain de l’enseignement supérieur de n’avoir pas été associés aux discussions relatives à l’élaboration des décrets « Paysage » et « FIE », pourriez-vous indiquer des exemples de mécanismes participatifs que votre parti pourrait suggérer afin d’associer à la discussion enseignants, chercheurs, administratifs et étudiants autrement que par des mécanismes de représentation qui se sont révélés, in fine, peu convaincants ;

Les acteurs et actrices de terrain étant les premiers concernés par ces mesures, ceux et celles-ci doivent impérativement faire partie du processus décisionnel : nous devons décider collectivement de la manière dont nous allons réformer notre enseignement afin de le rendre plus égalitaire et de meilleure qualité. Cela passe pas de larges consultations, une inclusion des acteurs et actrices de terrain à tous les stades de réflexion sur la réforme, une information large dans les écoles et hautes écoles.

Q 10. Quelles sont les mesures dans le domaine de l’enseignement supérieur qui conditionneraient la participation de votre parti à une majorité parlementaire (soit mesures qu’il jugerait indispensables au point d’en faire une condition d’entrée dans une majorité, soit mesures – ou absence de mesures – qu’il jugerait à ce point incompatibles avec ses principes qu’il préfèrerait être dans l’opposition) ?

Le PTB prône une rupture avec la politique actuelle en matière d’enseignement supérieur.

Si le rapport des experts extérieurs de l’ARES ont raison de pointer le sous-financement et ses conséquences, ils tournent ce constat en argument afin de justifier une augmentation du minerval et la sélection à l’entrée de l’université. Pour le PTB, il s’agit d’une ligne rouge à ne pas franchir. Or, suite à ce rapport, le MR s’est notamment prononcé en faveur d’une forme de sélection. Jean-Claude Marcourt ne s’y oppose pas non plus. Selon lui, « tout dépend donc du calibrage de l’épreuve. La notion de filtre bien calibré est donc essentielle. »

Le coût des études va-t-il augmenter pour les étudiant.e.s et leur famille ? Le gel du minerval sera-t-il maintenu ou va-t-il recommencer à augmenter ? Telles sont les questions pour l’avenir de l’enseignement supérieur.

C’est dans ce sens qu’avec le PTB, nous formulons certaines propositions qui sont pour nous des lignes rouges :

  • Nous diminuons les frais d’inscription, comme étape en vue d’atteindre la gratuité.
  • Nous rendons automatique l’octroi des bourses (suppression des procédures administratives lourdes).
  • Nous lions le financement de l’enseignement supérieur à la hausse du nombre d’étudiants. Ainsi nous faisons correspondre le financement de l’enseignement supérieur à ses besoins.
  • Nous garantissons un numéro Inami pour chaque étudiant.e en médecine et une nouvelle évaluation de la planification des besoins de personnel de santé.

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